Combien de gens, en Europe, croient n'avoir affaire, au Mexique, qu'à des sauvages à l'état de nature, et s'imaginent encore voir un peuple vivant sous des palmiers, la tête et la ceinture ornées de plumes! Les mauvaises gravures font plus de mal qu'on ne pense; elles parlent plus vivement à l'esprit du peuple que des livres qu'il ne lit guère, et perpétuent dans la population des erreurs déplorables. On cite, à Mexico, l'histoire d'un malheureux qui vint à Vera-Cruz avec une pacotille de verroteries, de miroirs et de petits couteaux: naturellement il fut ruiné.
Mais reprenons notre récit.
Le Mexicain est une figure complexe, difficile à peindre: hautain, fier, insolent dans la bonne fortune, il est plat et servile dans la mauvaise; cependant il est de relations faciles, surtout si vous lui imposez. Sa politesse exagérée ressemble trop à la politesse obséquieuse des gens faux; il est bon, cependant, et d'une obligeance rare; mais, homme d'instinct avant tout, il s'engage volontiers par des promesses métaphoriques que le vent emporte, et dont il ne se souvient jamais.
Il a conservé de l'Espagnol cette naïve locution qu'il vous débite sans cesse: Es también de Vd Señor, «cela est à vous, monsieur;» ou bien: a la disposición de Vd, «à votre disposition.»—«La belle montre! dites-vous en admirant un bijou remarquable.—Elle est à vous, répond-il immédiatement.—Le beau cheval!—À votre disposition.»
Ils appliquent à tout cette malheureuse formule; mais honni soit qui les prendrait au mot.
Me trouvant au bal, dans la ville d'Oaxaca, j'admirais une jeune fille délicieusement jolie: «Ah! la belle enfant! m'écriai-je; quelle est donc cette charmante personne?—C'est ma sœur, répondit mon voisin, muy a la disposición de Vd.» Je rougis et je me tus.
Sans souci du lendemain, le Mexicain dépense l'argent qui lui vient du jeu avec la même facilité que celui de son travail; il semble qu'à ses yeux