grand défaut, et la prudence qui le faisait n'avancer que parfaitement sûr de son point d'appui donnait à sa façon de faire toute l'apparence d'une paresse invétérée; aussi me tenais-je volontiers derrière lui pour exciter son amour-propre au moyen de quelques coups de pied bien appliqués; depuis longtemps, j'avais renoncé à la cravache dont il se souciait comme d'une figue.
En vérité, le mérite a toujours quelque faiblesse qui lui fait contre-poids; on a les défauts de ses qualités. Outre sa paresse, mon animal avait la mauvaise habitude de se plaindre sans cesse, ce qui lui avait valu de José, son chef de file, le surnom de pujador (soupireur). En effet, il poussait à tout moment des soupirs épouvantables, des soupirs à émouvoir les rochers de la route; ah! quels soupirs! et notez que sa charge ne pesait pas soixante kilos: c'était paresse toute pure.
Me voulant assurer si sa charge était mal assise et le gênait, malgré sa légèreté relative, nous le déchargeâmes, ce qui parut lui causer un sensible plaisir, et pendant que José resserrait son bât, il se mit à geindre de plus belle, quoique n'ayant aucun fardeau. C'était décidément une manie; qui n'a les siennes? On le rechargea et nous partîmes; mais le pujador avait un vice, un vice, hélas! dont je fis la douloureuse expérience: il était sournois et rancunier.
Comme j'étais à cheval, les encouragements que je lui prodiguais touchaient à l'endroit sensible, et j'avais la bonhomie de croire à l'impunité. Il m'observait néanmoins de temps à autre, étudiant la position et mitonnant sa vengeance. Il finit sans doute par trouver l'instant favorable: au moment où je m'y attendais le moins, et comme je me préparais à lui administrer une nouvelle correction, il fit brusquement un bond de côté et me lança fort adroitement une ruade qui m'atteignit au gras de la jambe.
Cet animal est fort méchant,
Quand on l'attaque il se défend.