Ne suffit-il pas d'un moment pareil pour rendre à l'âme qui doute la foi qu'elle a perdue?... Abimé dans la contemplation de ces beautés, écrasé par leur grandeur, je m'enivrais aux sources de cette poésie éternellement jeune et divine, et ne me laissai aller au sommeil que lorsque les premières clartés de l'aurore vinrent dorer la cime des bois. L'un des Indiens cependant m'appelait depuis longtemps:
—Señor, disait-il, señor, levez-vous, nous sommes arrivés.
—Arrivés! m'écriai-je en me dressant, arrivés, où cela?
—À San Pedro, répondit-il, et si vous voulez vous reposer à l'ombre et déjeuner, je vais vous conduire à la maison de don Juan, à qui s'adresse une des lettres que vous avez.
—C'est bien, lui dis-je. Je vis, en jetant les yeux autour de nous, que le paysage était changé: le cajuco avait abandonné le cours du fleuve pour remonter un petit affluent. La rivière où nous étions alors n'avait pas plus de vingt-cinq à trente mètres de large, les bords étaient privés d'arbres, mais couverts de plantes aquatiques. Sur la petite lande de droite paissaient quelques bestiaux, et, dans le fond, appuyées au bois, s'étalaient les cabanes à toit de chaume d'un village indien. Mon guide me conduisit à la plus grande de ces habitations et me présenta le propriétaire, don Juan, à qui je remis la lettre de don Francisco. Mon nouvel hôte me donna une poignée de main amicale, et, m'indiquant un hamac, m'invita à m'y reposer; puis il me pria de l'excuser une minute, m'assurant qu'il serait bientôt tout à moi.
L'intérieur de la case, à jour comme toutes celles de ces parages, annonçait une certaine aisance: la cabane, divisée en quatre