l'un n'ait pas plus de valeur que l'autre, preuve évidente de démoralisation! Habitué, en matière de gouvernement, aux changements à vue, le fait accompli lui devient loi; témoin jaloux des fortunes scandaleuses de quelques traitants, faussaire éhonté des monnaies publiques, la politique le perd, la paresse le corrompt, le jeu le déprave. N'ayant reçu qu'une éducation toute superficielle (je ne parle pas des jeunes gens élevés en France), gardant de l'Espagnol une fierté malheureuse, il méprise généralement le commerce pour crever de misère dans quelque administration. Il est volontiers soldat, et l'affaire est bonne quand on le paye, ce qui est très-rare par le temps qui court; j'ai vu de malheureux colonels me demander 2 fr. 50 c. pour dîner.
Mais, en toute extrémité, il reste à l'employé, comme au soldat, une ressource: le pronunciamento.
Nous avons tous une idée du pronunciamento.
Je perds ma place, et naturellement le gouvernement ne me convient plus: je me prononce;
Je suis mis en demi-solde: je me prononce.
Colonel mécontent, général à la retraite, ministre dégommé, président en expectative: je me prononce, je me prononce, je me prononce;
J'émets un plan, je groupe autour de moi quelques mécontents désœuvrés, je réunis quelques déguenillés, je forme noyau: j'arrête une diligence, j'impose un malheureux village, je dépouille une hacienda: je suis prononcé;
J'agis pour le plus grand bien de la république. Qu'avez-vous à dire?
Je fais boule, la paresse grossit mes rangs, le hasard me protége, je me bats bien, la fortune arrive, et je me trouve, un peu surpris je l'avoue, sur le siége de la présidence.