l'embonpoint qui commence à l'envahir, lui donnent l'apparence d'une force peu commune; sa tête est grosse sur un cou charnu; les lèvres sont épaisses, la bouche est grande; tout le bas de la figure dénote des instincts où la violence le dispute à la sensualité; ses yeux sont jaunes tirant sur le vert et pleins d'une expression jalouse et méchante.
Il jouit d'une réputation douteuse, et son passé renferme des mystères.
Sa maison, placée au nord de la cathédrale, n'a rien qui la distingue des demeures voisines: elle se trouve parallèle à un couvent de femmes qui fait le coin du carré suivant, et s'ouvre de ce côté par deux fenêtres à grillage en bois.
Don Eusebio n'a pas d'amis, et sa maison fut pour ainsi dire déserte jusqu'au jour où ses filles devinrent de grandes personnes. Il en a trois. Héléna, la première, ressemble à don Eusebio et paraît en avoir tous les instincts. C'est une grande et superbe fille chez qui la vie déborde; elle a toutes les beautés provocatrices: la hanche saillante, des bras robustes et ronds, des épaules grasses, une gorge audacieuse, des lèvres rouges et ce teint pâle et mat des natures passionnées; ses yeux noirs avaient une fixité embarrassante. À l'époque dont nous parlons, la chronique s'était déjà maintes fois occupée d'elle; mais elle n'avait point eu de desgracias.
Une cour nombreuse se disputait ses sourires, et quelques robes noires se mêlaient à la foule. Le père autorisait, cherchant un gendre. Oaxaca respirait dans un entr'acte de guerre civile, et les réunions se succédaient sans relâche. Sur ces entrefaites, un jeune homme de Mexico vint passer quelque temps dans le Marquesado, vivant chez son père, voisin de don Eusebio, et dont la maison occupait, à cinquante mètres plus bas, le milieu du carré de face.
La famille de don Rafael se composait de doña Marianita, sa femme, de Louisito, un fils tard venu, le Benjamin, et du nouvel arrivant.