La vieille femme, ravie, l'appela son fils, lui chercha une belle nourrice et en prit tant de soin, qu'au bout d'une année, l'enfant marchait et parlait aussi bien qu'un homme; mais il cessa de grandir.
Plus enchantée, plus ravie que jamais, la bonne vieille s'écria qu'il serait un grand chef, un grand roi.
Un jour, elle lui dit d'aller droit au palais du gouverneur et de le défier à tous les exercices de force. Le nain la supplia de ne point l'engager dans une telle entreprise, mais la vieille exigea qu'il partît. Il lui fallut donc obéir. La garde du palais l'introduisit près du monarque, auquel il jeta son défi. Ce dernier sourit et le pria de soulever seulement une pierre de trois arrobas (75 livres). Le pauvre enfant s'en revint en pleurant vers sa mère qui le renvoya, disant: Si le roi soulève la pierre, tu la soulèveras aussi.
Le roi la leva donc, et le nain la leva pareillement. On voulut alors éprouver sa force d'autres manières, mais tout ce qu'avait fait le roi, le nain l'exécutait avec la même facilité.
Indigné d'être vaincu par un si petit être, le roi lui dit alors que s'il ne bâtissait, en une nuit, un palais plus élevé que tous ceux de la ville, il mourrait.
L'enfant, épouvanté, retourna sanglottant vers la vieille qui lui dit de ne point désespérer, et, le matin, ils se réveillèrent tous deux dans le charmant palais qui existe encore aujourd'hui.
Le roi vit avec étonnement ce palais magique; il manda le nain et lui ordonna de réunir deux faisceaux de cogoiol, espèce de bois très-dur, avec lequel, lui, le roi, frapperait le nain sur la tête, son petit ennemi devant le frapper à son tour.