la ville la plus riche de la Péninsule, et la plupart des maisons de l'île de Carmen ne sont que les comptoirs de ses habitants.
Tout le monde sait que les bois de teinture, connus sous le nom de bois de Campêche, viennent de l'État de Tabasco et de la partie marécageuse de l'État du Yucatan; l'île de Carmen, devenue district libre aujourd'hui, en a pour ainsi dire le monopole; aussi la ville de Campêche décline-t-elle chaque jour.
J'avais une lettre de Juarez pour le gouverneur, don Pablo Garcia. Je trouvai, dans le chef du petit État, un homme bien élevé, parlant plusieurs langues, le français entre autres, avec beaucoup de facilité, et qui me reçut avec une exquise politesse; il se mit avec empressement à ma disposition et, s'étant informé du but de mon voyage, il me donna pour l'un de nos compatriotes à Carmen, don Francisco Anizan, une chaude lettre de recommandation.
Don Pablo est un mulâtre foncé de couleur, d'une physionomie sympathique, fort jeune encore, et qui ne doit qu'à ses talents le poste élevé qu'il occupe. Il lui a fallu vaincre, pour y arriver, l'espèce de réprobation qui s'attache un peu partout aux gens de sa race, ce qui lui prête nécessairement un mérite de plus.
Campêche étale le luxe de deux hôtels qui se partagent, en mourant de faim, la clientèle de ses rares voyageurs. Celui qui m'hébergea était assez bien tenu; sa table, abondamment servie, donnait une haute idée de la fortune de son propriétaire, et l'on se demandait comment le modeste écot de trois ou quatre voyageurs pouvait suffire à l'entretien de la maison.
L'hôte voulut bien m'en instruire à mes dépens. Un soir, revenant du môle, où j'avais été prendre l'air frais de la mer, j'entendis le tintement de l'or dans une chambre voisine; la porte était entre-bâillée, j'entrai. Une réunion de douze à quinze personnes était attablée autour d'un tapis vert