compartiments, contenait une tienda d'approvisionnement pour les Indiens, des chambres pour les femmes, et la pièce commune, salle à manger, où l'on m'avait installé. La cour, entourée d'une haute clôture, renfermait toute une ménagerie de bipèdes, où poules, canards, dindons énormes, gloussaient et piaulaient à l'envi; quant à messieurs du grouin, ils semblaient jouir des priviléges les plus étendus, entrant et sortant tour à tour, traversant les pièces, s'y reposant au besoin, et me venant flairer avec une audacieuse familiarité. La cuisine seule leur était interdite, et quand, timidement et en tapinois, comme une bête en faute, ils parvenaient à s'y introduire, un cutch, cutch, plusieurs fois répété, les mettait en fuite à l'instant.
Don Juan devait être chasseur, car deux fusils, une poire à poudre et de grands machetes pendaient à l'une des cloisons; j'en étais là de mon inventaire quand il reparut.
—Vous devez être bien fatigué, me dit-il, car trois jours de cajuco, par une telle chaleur, sont une terrible affaire?
—Je le suis si peu, répondis-je, que si vous avez quelque chose de nouveau et de curieux à me montrer au village, je suis prêt à vous suivre.
—C'est parfait, répondit-il; mais déjeunons d'abord, et plus tard je pense pouvoir vous intéresser quelque peu.
Sur ces entrefaites, la ménagère, grosse femme rebondie, avait couvert une petite table fort basse d'une serviette grise à frange, sur laquelle un ragoût de poulet de fort bonne mine, flanqué d'un plat de haricots noirs, nous attendait tout fumant. Une pile de tortilles blanches et minces remplaçait le pain. L'usage de la fourchette est inconnu: l'Indien prend un morceau de tortille, qu'il arrondit en cuiller, pour porter à sa bouche les aliments quels qu'ils soient; les doigts et le couteau viennent au besoin en aide à cet instrument tout primitif; on se lave les mains en sortant de table. N'ayant point eu de vivres frais depuis trois jours, je dévorais, à la grande satisfaction de mon hôte, auquel mon appétit faisait honneur.