Ainsi, la liberté, le droit, au point de vue non de la loi civile, mais du for intérieur de la conscience ; la liberté, le droit universel, absolu, illimité, de croire ce qu’on voudra, comme on voudra, ou de ne rien croire du tout, ce droit, proclamé antérieur et supérieur à toute croyance religieuse : Voilà, d’après les Maçons que nous venons d’entendre, le principe fondamental, l’unique base de la Maçonnerie.
Eh bien, il est manifeste d’abord que ce principe, ainsi entendu, est une flagrante erreur philosophique, et j’en demande bien pardon à ceux de MM. les Francs-Maçons qui croient en Dieu, c’est la négation implicite, même de la religion naturelle.
En effet, si la religion naturelle existe, elle oblige, par elle-même, en principe et en droit ; c’est cette obligation qui est antérieure et supérieure à l’homme, et elle limite sa liberté, elle lie sa conscience. En fait, l’homme, devant cette obligation, peut bien trouver, dans son ignorance ou sa bonne foi, pour son incroyance, une excuse, mais non pas un droit, antérieur et supérieur à la loi. Là est l’équivoque et l’erreur capitale du principe maçonnique. Certes, il ne suffit pas de nommer sa conscience pour avoir le droit de tout faire et de tout nier.
Et pour mettre ceci sous les yeux par un exemple frappant, il ne suffit pas, comme le disait très-bien à la tribune l’honorable M. Laboulaye au sujet des Mormons, il ne suffit pas, pour se dégager, qu’on puisse dire :
« ma conscience exige que j’aie plusieurs femmes » ;
non cela ne suffit pas, ni vis-à-vis de la morale, ni vis-à-vis de la loi civile.
Un raisonnement identique s’applique au Christianisme. S’il est une institution divine, il oblige, par lui-même, tous les hommes ; et cette obligation, supérieure à l’individu, à moins qu’on ne proclame l’individu supérieur à Dieu, limite sa liberté : là encore l’ignorance ou la bonne foi peuvent fournir une excuse, mais non pas créer un droit, absolu, illimité, antérieur et supérieur au Christianisme.